Autour du covid

Du fait du discours autour du covid, beaucoup de gens sont placés dans ce qu’on appelle un doute paranoïaque. Ce n’est pas être paranoïaque mais c’est être placé dans une interface d’indécidabilité. Il est alors facile de basculer dans une interface d’imbécilité ou dans la sidération d’un double-bind, une double contrainte que décrit Grégory Bateson.

Fascisme intérieur

Fascisme intérieur selon ce concept intéressant de Clastres en 1974, le mur on y va mais pas le mur qu’on imagine. Il est bien là cependant et ceci malgré sans doute toutes les bonnes volontés. Comme si c’était une sorte de pente obligée avec l’aide de la technologie… pour le « bien ». Le fascisme intérieur commence par la contrainte de l’insensée « bonne pratique ». Selon Clastres en 1974 :

 

Du Souverain bien (Aristote) à la souveraine bonne pratique actuelle (HAS) versus l’éthique du souverain juste de la psychanalyse (Freud)

Il faut parler de l’usage insensé du terme, aujourd’hui généralisé, de « bonne pratique » qu’on peut dire à géométrie variable, fondée sur une Science qui, elle-même, cherche ses fondements sans l’avouer. Cette pratique méconnait complétement la réalité psychique qui nécessite d’inventer singulièrement et surtout elle ne nous apparait pas éthique là où elle prétend imposer sa loi arbitraire.

Parler d’éthique est complexe parce qu’il existe deux volets importants : l’un serait parler d’éthique à propos de la psychanalyse, l’autre serait de parler de l’éthique qui émerge nécessairement d’un processus psychanalytique. On pourrait ainsi dire que nous sommes en présence ou de l’acte en éthique ou l’éthique en acte. Nécessairement ne signifie pas obligatoirement parce que cela arrive assez rarement finalement qu’apparaisse une éthique singulière. Pourtant faire surgir une éthique est nécessaire.

Il y a une éthique de la psychanalyse qui refonde toutes les perspectives données à l’éthique précédemment. L’éthique, traditionnellement, est fondée sur la dimension de l’habitude, la bonne ou la mauvaise habitude, tandis que dans la psychanalyse une autre dimension est en jeu.

En psychanalyse, nous nous referons d’autant moins à ce registre de l’habitude – que l’on pourrait dire être celui de l’effort fourni pour avoir le bon comportement – que l’articulation de l’analyse s’inscrit dans des termes tous différents : dans des termes de trauma, de persistance et de répétition du trauma. La notion de comportement est considérée seulement épisodiquement et momentanément dans son aspect de passage à l’acte ou d’acting, dans la cure, que l’on considère comme motivés par ce trauma qui vient agir dans le dispositif (par exemple, pour l’illustrer par la plus simple expression : dans le syndrome de stress post-traumatique).

En particulier, nous sommes dans un registre très diffèrent de celui d’Aristote pour qui l’éthique est une science du caractère et de la formation du caractère et une dynamique des habitudes. Il s’agit même plus qu’une dynamique des habitudes, c’est une action en vue des habitudes, un dressage, une éducation. Et l’éthique d’Aristote est cette tendance à former un caractère (c’est une technicité) afin d’aboutir au souverain bien. On peut repérer alors toute la similitude qui existe actuellement avec ce qui fait retour dans le DSM 5 : l’utilisation d’une nosographie fondée sur le comportement immédiat, jugé comme bon ou mauvais. Or le caractère est essentiellement moïque et le moi est toujours paranoïaque. Le DSM5 possède une pente paranoïaque en utilisant comme seul repère les agissements caractériels du moi.

Nous ne sommes pas dans l’éthique d’Aristote alors qu’est-ce que l’éthique avec la psychanalyse ou plus exactement dans la psychanalyse ? Ce glissement du sens de l’éthique à un autre repose sur un glissement parallèle dans ce qu’on appelle la ou les morales. Pour Aristote, il s’agit de rechercher le souverain bien qui confine à la dimension du plaisir par le bon comportement tandis que Freud, lui, part dans une direction où ce souverain bien, ce principe de plaisir a intérêt à être pris en charge avec un principe de réalité ce qui s’appelle le passage d’un principe primaire et principe secondaire. Voire même, encore plus loin, il s’agit avec Freud de comprendre comment obtenir un principe de plaisir qui ne fonctionnerait pas tout seul mais serait pris en charge dans une dimension de réalité.

Pour en arriver d’Aristote à Freud, une certaine temporalité et un espace historique ont fait leur office puisqu’avec Aristote, nous nous situons dans la question du maitre, le maitre formateur du caractère que l’on retrouve aussi dans ce que les Mauritaniens appellent le maitre coranique qui est le formateur de l’enfant ; il y a toute une chaine de formation de l’état de nourrisson par exemple la mère tapote l’enfant avec une badine en psalmodiant pour qu’il soit pris en charge d’abord par le père puis ensuite par le maitre coranique(Corinne Fortier) . Or un évènement s’est produit au début du XIX siècle en particulier du fait de la montée en puissance de la science. Il s’agit de la chute du maitre. Chez Aristote, la formation du caractère, c’est essentiellement le maitre qui en est le garant. Or Hegel fait du maitre le dupe puisqu’il établit que c’est bien l’esclave qui est le maitre du maitre. L’esclave sait là où le maitre est aveugle et ignorant. C’est l’esclave qui est utile. Et dans nos thérapies psychanalytiques, l’analysant est justement cet esclave de son symptôme qui sait, mais il ne le sait pas qu’il sait au début. Mais l’analysant n’est pas l’esclave du maitre analyste, il est esclave de son discours. Il y a dans une éthique comme celle-ci l’idée que l’analysant passe de l’esclave de son symptôme à l’esclavage de son discours sur et dans le symptôme. Il n’obtient aucune liberté à la fin mais un désir correctement orienté …Ce qui l’enchaine à son identité primordiale indépendamment des identifications. Il passe du moi-idéal à l’Ideal du moi. Il s’agit pour lui de passer du moi idéal narcissique impossible à atteindre à l’Ideal du moi orienté vers la réalité et vers le monde selon sa loi psychique dans un principe de réalité.

Ici nous pouvons mettre l’accent sur la différence entre deux perceptions de ce qu’est la psychanalyse (la première en est-elle une ?)

  • L’une dans laquelle le psychanalyste est le maitre, l’analysant le plaçant comme supposé savoir (ce qui est normal) mais dans laquelle le psychanalyste s’y croit posséder le savoir de telle sorte que le psychanalyste devient un surmoi pour l’analysant : l’analyste devient le maitre. Il s’agit non pas de psychanalyse mais de ce que les anglais appelait l’Ego-psychology qui resurgit aujourd’hui sous un autre nom dans le coaching.
  • l’autre dans laquelle c’est l’analysant qui est supposé savoir et l’analyste se plaçant dans une perspective de soutenir le savoir insu de l’analysant. Dans son symptôme, l’analysant est esclave de l’impossible et en somme persécuté par sa jouissance. Cet impossible est bien exprimé par le paradoxe de Zénon (l’approche d’un mur en divisant par deux à chaque fois la distance que l’on parcoure fait ne jamais atteindre le mur).

A l’opposé un psychanalyste doit avoir une place d’objet a (un objet a est une perspective qui se place dans un cadre donné) de manière à passer d’un symptôme névrotique à l’état sauvage à une névrose de transfert lorsqu’il transite par le cadre de la cure. Ainsi, l’esclave analysant travaille de manière à devenir son propre maitre dans un premier temps pour ensuite tomber de cette maitrise.

La position d’Hegel n’est que l’envers de la position d’Aristote, l’un le met en position du déterminant tandis que l’autre le fait disparaitre. Ce qui s’insinue avec la disparition du maitre c’est une notion utilitaire de la répartition des biens entre les esclaves mais pas seulement. Parallèlement un philosophe comme Bentham va tenter de construire une dimension qui fait quitter Aristote. Il place le souverain bien dans la dialectique imaginaire et symbolique pour questionner le bien dans ce qu’on dirait être le réel, le réel bien avec Freud. Et ce réel bien nous pourrions dire qu’il confine à cette notion qui s’appelle le juste. S’installe alors la question de la différence entre fiction (imaginaire) et réalité qui est le bien en tant que réel collant avec la réalité c’est-à-dire qui est adapté ou plutôt adéquat. Et par voie de conséquence ce qu’il en est d’un abord du réel qui ne se ferait que par le biais d’une fiction mais une fiction juste. L’expérience freudienne s’installe dans une opposition entre le fictif et le réel mais également dans une possibilité de les rendre adéquate et que le fictif soit en quelque sorte juste.

En science, envoyer une fusée sur la lune commence par une fiction. Lorsque la fusée parvient à son but, nous savons que la fiction est juste. Il y a donc des fictions favorables ou défavorables ou encore douloureuses ou heureuses. La psychanalyse a à résoudre avec l’analysant des fictions douloureuses. L’idée est donc dans la psychanalyse de faire passer un être d’une fiction fantasmatique douloureuse truffée de la jouissance du symptôme à une fiction adaptée pour lui une fiction juste, juste non pas selon le psychanalyste mais selon quelque chose qui s’appelle le principe de réalité singulier de l’analysant. Et pour cela tout va se passer autour du surmoi qui possède deux faces :

  • l’une féroce, culpabilisante, punissante et nous sommes alors avec Aristote mais également dans les thérapies orthopédiques (Egopsychology) disant au patient ce qui est bon pour lui. La thérapie devenant un gros surmoi de plus pour la personne qui en possède un déjà, terrifiant.
  • et l’autre, une face qui articule le désir à la loi, entendez ici le désir à la loi psychique qui comporte un triptyque à intérioriser : la frustration, la privation et la castration (obligation de parler, de s’expliquer de mettre la jouissance en mot ce que Lacan disait être le passage à la j’ouïs sens) afin d’accroitre l’indice de réalité au sein du sujet. Ce qui rend esclave, c’est de n’avoir pas intériorisé ces lois.

Allen Frances : une analyse critique du DSM5

Voici ci dessous la conférence d’Allen Frances que j’ai traduite en français sur la responsabilité du DSM dans le déclin de la Psychanalyse aux USA. Allen Frances psychiatre, Psychanalyste a été rapporteur du groupe sur les troubles de la personnalité du DSM III groupe où s’est jouée la rupture entre la psychiatrie et les psychanalystes US. Il a été aussi vous le savez Chairman de la task force du DSMIV. Continuer la lecture de Allen Frances : une analyse critique du DSM5